mercredi 29 mars 2017

Quand le trouble obsessionnel compulsif s'immisce entre elle et lui

Si Désespérés s’abstenir et Cher trou de cul mettait en scène Clara, cette fois-ci, Annie Quintin nous présente un tout nouveau personnage.

Eve et Louis sont en couple depuis 5 ans. Pour tout le monde, après quelques années de vie commune, il n’est pas rare de voir la monotonie s’installer. Dans leur cas, la situation se complique du fait qu’Eve est atteinte de Trouble obsessionnel compulsif. Elle ressent le besoin irrépressible d’aligner les choses. Tout doit être en ordre et à sa place selon ce que commande son TOC. C’est déjà un calvaire pour elle, mais cela le devient davantage, car Louis, professeur à l’université, à des masses de papiers dans quelques pièces de leur appartement. Sa tendance à laisser traîner, bien qu’il s’efforce de ranger, devient intolérable pour Eve, qui arrive à la conclusion que pour que leur couple survive, il leur est nécessaire de vivre chacun dans son appartement. Ce à quoi lui acquiesse. Vite, peut-être trop vite au goût d’Eve qui trouve qu’il n’a pas opposé grand résistance.


Entre Eve et Louis, il y avait de nombreux non-dits et des malaises déjà avant qu’ils vivent séparément. La distance physique entre eux ne peut qu’augmenter la quantité d’informations omises. De plus, le déménagement crée une brèche entre elle et lui par laquelle tout peut entrer. Leur regard change et ils deviennent plus susceptibles à être ouverts aux autres possibilités. Pour Eve, elle prend la forme de Charles, un bel homme d’affaires qu’elle a rencontré alors qu’elle est allée visiter sa grand-mère adorée à sa maison de retraite. Confiant et insistant, viendra-t-il à bout des résistances de la belle rousse? Dans le cas de Louis, qui a dû faire une annonce pour se trouver un chambreur pour amoindrir les coûts du logement, c’est une chambreuse qui, bien qu’elle ne soit pas son genre de femme, s’avère une aguicheuse de première. Lui aussi, réussira-t-il à ne pas céder aux avances à peine voilées de celle qui partage son appartement?

Le thème de l’amour est sans contredit le sujet chouchou d’Annie Quintin. À chaque roman, elle sait l’aborder sous un angle nouveau et avec des variables différentes. Bien que son écriture soit vive et qu’elle coule de source, les histoires ne sont jamais superficielles. Elle sait doser légèreté et profondeur.

Un des intérêts principaux de ce roman est qu’il parle des troubles obsessionnels compulsifs dans le contexte amoureux. Concernant les TOC, on dit souvent à la blague que quelqu’un « est TOC ». Toutefois, souffrir d’un trouble obsessionnel compulsif, c’est plus que d’avoir des petites manies. C’est plus que juste être rigide. Il prend presque tout l’espace dans la vie de la personne, pensées envahissantes et angoissantes qui la force à faire quelque chose pour apaiser son anxiété. Ne pouvoir s’empêcher de s’adonner à un rituel, que ce soit de compter, de nettoyer ou, par exemple, de ranger des objets. Les personnes atteintes peuvent passer des heures chaque jour à accomplir leurs rituels. La description qu’en fait Annie Quintin est à la fois juste et sensible. On constate à quel point c’est lourd et l’on saisit de manière limpide l’impact que la maladie peut avoir sur l’autre ainsi que la relation de couple.

Petite anecdote personnelle qui démontre le réalisme du roman : ça m’a fait sourire quand Eve demande à Louis de la rappeler dans un mois, parce qu’elle commençait un nouveau médicament. C’est qu’il y a une période d’acclimatation physique aux médicaments et ça prend en général au moins un mois pour que les effets thérapeutiques se fassent sentir. Je vis ça chaque fois que j’entreprends la prise d’un nouveau médicament pour la douleur. Ce sont des petits détails comme ça qui rendent toute la construction du personnage réaliste. D’ailleurs, chaque personnage est fouillé et beau dans sa vulnérabilité. En fait, ils sont attendrissants.

Ce n’est pas une chick lit au sens strict du terme. Annie Quintin va toujours un peu plus loin que la jeune fille un peu distraite et maladroite qui a du mal avec un patron et qui est désespérément à la recherche de son prince. Dans cette histoire-ci, il n’y a pas que le personnage féminin qui nous parle, mais aussi Louis. Sa perspective est intéressante et nous permet de mesurer l’impact du vécu d’Eve ainsi que du sien.

J’ai effectué ma lecture en écoutant la liste de lecture musicale de l’auteure. Je l’avais fait avec le roman précédent et cela demeure une expérience agréable. La musique est planante, propice à la lecture et apporte à l’ambiance du roman. 

Un roman qui se dévore!


Pour lire nos chroniques sur les romans précédents d'Annie Quintin :  



Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

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samedi 25 mars 2017

Dans la boîte aux lettres!

C'est un raz-de-marée de livre auquel on a droit cette semaine! Ben ces deux dernières semaines, puisqu'on était à Paris depuis le 15 mars. 

Dans la boîte aux lettres, il y avait

Pivot, Marie-Ève Cotton, VLB

Le bal des absentes, Julie Boulanger
et Amélie Paquet, La Mèche
 
Mara M., Élyse-Andrée Héroux,
Les Éditions de l'Homme

Quelque part entre toi et moi, Annie Quintin,
VLB Éditeur

L'Apprentie, Mélissa Blais, Société des écrivains

Jardiner avec Marthe, Marthe Laverdière,
Les Éditions de l'Homme

Tu aimeras ce que tu as tué, Kevin Lambert,
Héliotrope

De la confiture aux cochons, Véronique
Marcotte, Québec Amérique

Toutes les fois où je ne suis pas morte,
Geneviève Lefebvre, Libre Expression

Dans la tête d'un gars, Maxim Martin,
Les Éditions du Journal
Raconte-moi Pierre Lavoie, Jessica Lapinski,
Petit homme

Raconte-moi Yan England, Kim Nunès,
Petit homme

La monde de Rosemarie, Rosemary Doyle,
Éditions L'Interligne

Raf à la rescousse - Le journal d'Elly,
Nadine Descheneaux et Amy Lachapelle,
Les Z'Ailées
Durant notre séjour à Paris, on a visité French Pulp éditions. Voici ce qu'on a ramené dans la soute à bagages :

Nous étions une frontière, Patrick De Friberg


Bronx - La petite morgue, Laurent Guillaume

La compagnie des glaces, tome 1 et 2, G.-J. Arnaud

Génération Clash, G.-M. Dumoulin

Frankenstein, tomes 1 à 6, Jean-Claude Carrière

De sinistre mémoire, Jacques Saussey

Colère noire, Jacques Saussey

On a visité le libraire à Paris et on a acheté les livres des auteurs qu'on a rencontré à l'émission On n'est pas couché 

Un escargot tout chaud, Isabelle Mergault,
Grasset


Croire au merveilleux, Christophe Ono-Dit-Bio,
Gallimard

Puis, je suis tombé sur un livre que je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter!

Kurt, Laurent-David Samama, Plon

mardi 14 mars 2017

Un vibrant témoignage de Roméo Dallaire

L’auteur de J’ai serré la main du diable, présentait la semaine dernière son dernier récit, Premières lueurs.

Dans ce nouveau bouquin, il nous explique, et on le constate, qu’il y a deux Roméo Dallaire, celui d’avant puis celui d’après. Après le génocide rwandais survenu en 1994, où il a été responsable du commandement de la mission de l’ONU. Il en est revenu avec ce que l’on appelle une blessure opérationnelle au cerveau.

C’est que là-bas, en plus d’avoir vu des atrocités, il a vécu de l’impuissance et de l’indignation alors que l’ONU ne retient pas ses recommandations et lui interdit d’agir. Le sentiment de culpabilité le hante. Il s’en veut de n’avoir pu faire plus pour sauver les plus de 800 000 personnes décédées et les centaines de milliers d’autres blessées.

Le TSPT (trouble de stress post-traumatique) dont il souffre toujours peut se manifester par des sautes d’humeur, des cauchemars, des réminiscences, des comportements autodestructeurs (automutilation, excès d’alcool, excès de vitesse). Les sujets qui en sont atteints feront tout pour éviter de sombrer dans le sommeil. Les nuits sont l’ennemi. Avec la noirceur, le sommeil qui, lorsqu’il vient, amène avec lui d’affreux cauchemars qui ramènent Roméo Dallaire au Rwanda, où le visitent les âmes en peine qu’il a l’impression d’avoir abandonnées. Ce n’est que quand le jour se lève qu’ils le quittent. Ce n’est qu’à ce moment qu’il peut respirer un peu mieux, d’où le titre, Premières lueurs.

Pour composer avec les fantômes de la nuit, il se réfugie dans l’alcool, dans le travail, dans la malbouffe ou dans le parc face à son minuscule et minable appartement qu’il a transformé en une réplique de son bureau.

Roméo Dallaire incarne le sens du devoir. C’est le moins qu’on puisse dire. Malgré son état, il ne cesse d’accepter des mandats, à plusieurs reprises durant sa carrière post-Rwanda. Étant de toute évidence une personnalité de type A, il est acharné, travaille sans relâche et ne s’accorde pas de plaisir, il ne sait sûrement plus comment et peut-être est-ce aussi une manière de se punir. Le côté positif, ça l’occupe, c’est ce qui le sauve, avec les médicaments qu’il doit ingérer quotidiennement. Le pendant, c’est que ça vide et ça rend plus vulnérable, d’autant plus que c’est toujours des mandats dont l’objet réactive sa blessure.

Si l’on en entend parler que lorsqu’il est à l’origine de suicide, de très nombreuses personnes vivent avec un trouble de stress post-traumatique tous les jours. Survivent, devrais-je dire. Car c’est bien de survie dont il s’agit. Chaque jour est un combat pour la survie. Roméo Dallaire lance un plaidoyer pour qu’on brise le silence, mais surtout pour qu’on puisse le déceler et le traiter rapidement, afin qu’il fasse le moins de dommages possible, pour que l’on puisse en guérir. Dans son cas, il estime qu’il a commencé à le traiter trop tard et qu’il devra vivre avec jusqu’à la mort.

Celui qui a eu plusieurs rendez-vous manqués avec la mort se dévoile avec générosité.Roméo Dallaire n’est jamais vraiment sorti de l’enfer du Rwanda. Les souvenirs des atrocités, des cadavres, des gens mutilés sont toujours frais dans sa mémoire, comme s’il y était encore. S’il a couché sur papier les conséquences de cette blessure de guerre, c’est afin que l’on comprenne et qu’on intervienne. Qu’on offre de meilleurs services à ceux qui souffrent de TPST. Afin qu’on reconnaisse que les militaires ayant été en mission de paix peuvent également être d’anciens combattants. Qu’on élimine un des éléments qui contribue à l’occurrence du trouble chez certains combattants, le phénomène des enfants-soldats.

J’ai trouvé cette lecture très difficile par moments. J’ai senti l’impuissance de Roméo Dallaire à travers chaque mot et je peux comprendre à quel point cela a pu être aliénant. J’ai été outrée de constater à quel point l’ONU a ignoré ses avertissements et l’a empêché d’agir. Il est à se demander si cet organisme n’est pas là que pour qu’on se donne bonne conscience. A-t-il un pouvoir ou une utilité concrète? Je me le demande bien.

Il y a peu de descriptions de ce qu’il a vu. Ce n’était pas le propos du livre que de faire un relevé plutôt gore des atrocités. Ce qu’on lit n’a que pour objectif d’illustrer au minimum les images qui le hantent afin que l’on comprenne d’où provient la maladie. Pour cela, je remercie les auteurs qui ont évité d’en mettre plus que nécessaire. C’est déjà bien assez troublant comme cela.

Le Lieutenant-Général Dallaire détient plusieurs pistes et moyens d’améliorer la situation canadienne et mondiale et pose d’importantes questions. Qu’il s’agisse des enfants-soldats, des anciens combattants, de la gestion de conflits armés complexes, il a démontré à de nombreuses reprises qu’il est possible de faire quelque chose. Il ne manque que la volonté et l’agir politique. Pour cela, nous, citoyens, avons également un rôle à jouer. En exigeant de nos élus qu’ils posent des gestes concrets afin d’améliorer les droits de la personne.

Un livre bouleversant qui ouvre les yeux et devrait nous sensibiliser suffisamment pour que nous nous mobilisions.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

samedi 11 mars 2017

Dans la boîte aux lettres cette semaine!

Ouh lala! Une belle récolte cette semaine! Heureusement que des vacances se pointent à l'horizon, ça va nous donner le temps de lire ça... en tout cas une partie!

Bonne fin de semaine!
Jeanne, Sophie Bouchard, À l'étage

Philippe H. dans l'angle mort, Mylène Fortin,
Québec Amérique

Les trésors cachés du français d'Amérique,
Hubert Manson, Les Éditions de l'Homme

Amqui, Éric Forbes, Héliotrope Noir

Révolution fermentation, Sébastien Bureau
et David Côté, Les Éditions de l'Homme



Zoélie l'allumette, tome 4 - Le voleur de tartes
et
Les filles modèles, tome 7 - Transitions chocs,
Marie Potvin, Les Malins







vendredi 10 mars 2017

La pureté de la blancheur n'exclut pas le vice


Quel spécimen, cette Andréanne Mars! C’est une jeune femme d’un narcissisme consommé! Elle n’en a que pour elle, les autres ne l’intéressent pas vraiment. Elle est jolie, blonde, s’admire dans les miroirs du centre de conditionnement physique où elle travaille comme entraîneur personnel. Entre l’âge de 19 et 26 ans, elle s’est mariée, et a divorcé, trois fois. Ce n’est pas l’engagement qui l’intéressait tant, mais le fait que ça lui permet de se mettre une belle robe blanche, manger un gâteau blanc, avoir des papillons dans les cheveux.

Le comble, c’est que tout le monde l’aime, ses clients, ses amis, ses voisins, les gens qu’elle croise. Tout le monde! Peut-être pas tant pour sa personnalité, quoiqu’elle sait bien se faire courtoise avec les clients, mais plutôt pour l’image qu’elle dégage. Elle possède une espèce d’aura angélique, elle qui est toujours habillée de blanc. D’ailleurs, le duplex qu’elle habite (celui que son troisième mari lui a acheté, ainsi que celui d’à côté) est exclusivement blanc des murs aux meubles.

Après son troisième divorce, sa vie sexuelle est inexistante. Il faut dire qu’elle n’a pas été très satisfaisante pour elle auparavant. Sur les conseils de son frère, Jacquo, atteint d’une maladie mentale non spécifiée pour laquelle il s’automédicamente, elle s’essaie à la masturbation. Pour se stimuler un peu, elle tente de regarder de la porno. Très peu pour elle, tous ces artifices.

Alors que les travaux de rénovation sur son deuxième duplex semblent avancer trop lentement, elle y installe une caméra pour voir ce que font ses ouvriers. Elle découvre quelque chose qui changera sa vie sexuelle du tout au tout. Elle se met donc à la recherche de locataires temporaires pour les observer avoir des relations sexuelles. Ça la comble, jusqu’à ce qu’elle rencontre Clothilde, qu’elle invite à louer le deuxième duplex. Clothilde voue une admiration à Andréanne. Elle est attirée à elle comme un papillon de nuit à une source de lumière. C’est une femme très introvertie, plutôt lunatique et, plus gros problème, elle ne baise pas. Andréanne part en croisade pour lui trouver un partenaire de baise, cependant, ce ne sera pas chose facile et Andréanne aura du fil à retordre.

Le ton du roman m'a beaucoup plu. Véronique-Marie Kaye a une écriture vive, sarcastique et parfois grinçante. Les touches d'humour sont bien dosées. Les personnages sont bien construits et tout en complexité. Il est intéressant de voir celui de Clothilde se développer. Quant à Andréanne, que dire! On se demande parfois comment les gens peuvent être attirés par la jeune femme qui dans le fond, est exécrable! Tout ce qu’elle fait est motivé par la quête de satisfaction de ses besoins. Les autres n’ont d’intérêt que dans la mesure où ils peuvent l’aider en ce sens. Ça l’amène parfois à dire des choses qui sont absolument ahurissantes! Le pire étant qu'elle ne s'en rend pas compte ou bien qu'elle s'en fiche, en bonne narcissique qu'elle est. Des jours après la fin de ma lecture, j'ai le même malaise quand je pense à Andréanne. Elle est tout simplement fascinante et dérangeante à la fois. Bravo à l'auteure qui a réussit à créer chez le lecteur cette fascination ( un peu comme pour les gens qui la côtoient) et ce malaise devant ce qu'elle est et ce qu'elle fait.

Andréanne, Jacquo et Clothilde ont quelque chose en commun. Ils ont tous trois de la difficulté à « être » avec d’autres personnes. Chacun à sa façon n’arrive pas à se trouver sur le même plan que les autres et à entamer une communication efficace.

C’est un roman fort divertissant qui vous fera passer un bon moment.


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique