lundi 20 mai 2013

Deux époques, deux vies, une corrélation?


Après un an et demi, François Gravel nous embarque de nouveau aux côtés de Chloé Perreault pour une enquête. L'ex-policière de Montréal, qui continue à faire sa place à Milton, fait face à un nouveau défi. Et il n'est pas juste question de l'investigation, mais aussi, voire surtout, de la rivalité entre collègues. Suite a la découverte d'un cadavre, passablement amoché, les recherches s'enclenchent et la patience de Chloé est mise à rude épreuve.

Parallèlement, ou plus exactement quelques années auparavant, un organisateur politique est trouvé mort, à Montréal, dans sa Lexus. L'histoire de ce décès prend alors vie, et nous ramène tranquillement jusqu'à l'époque de l'enquête de Milton. Sont-elles liées? Ou l'épisode de Montréal est-il un événement totalement dissocié de l'investigation en cours? À la suite de la découverte du corps dans le parc Albert de la charmante petite ville paisible qui voit évolué l'enquêteuse Chloé, les rumeurs vont bon train et les vengeances viennent teinter les pistes possibles.

Dans un rythme différent du premier opus, François Gravel nous sert une énigme bien ficelée. Les pages se tournent facilement, et prendre plaisir à la lecture est on ne peut plus naturel. De plus, il aborde des thèmes sociologiques, que ce soit de l'acceptation de l'homosexualité ou de la violence familiale, qui prêtent à réfléchir. Même si parfois l'impression de deviner ce qui va se passer montre le bout de son nez, c'est pour mieux se le faire pincer! Les personnages sont, tout comme dans le précédent, très humains et il est facile de les visualiser puisque le lecteur en a forcément rencontré de similaires dans le monde réel.

En ce qui me concerne, c'est un livre qui m'a distrait et a, en cela, atteint pleinement son objectif. Si jamais il vient à l'idée de François d'écrire une nouvelle enquête de Chloé, c'est avec plaisir que je la lierai.

Dominique de Leeuw

dimanche 19 mai 2013

Printemps Meurtriers - Prix Tenebris 2013, roulement de tambour...


Le lauréat du prix Tenebris 2013 du meilleur roman, littérature policière de langue française, distribué au Québec est Mapuche, de l'écrivain Caryl Férey publié chez Gallimard, dans la collection Série noire.



Les romans suivants étaient en lice pour le titre :
  • La Vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker (Éditions de Fallois)
  • Newton. La science du complot de Matthew Farnsworth (Québec Amérique)
  • La Vie comme avec toi de Geneviève Lefebvre (Libre Expression, Coll. Expression Noire) 
  • Je me souviens de Martin Michaud (Goélette)

Les membres du jury ayant eu à prendre cette difficile décision sont : Richard Migneault, créateur du blogue Polar, noir et blanc, de l'auteure Claire Cooke, et de la comédienne et présidente du jury, Louise Laparé.

D'autre part, le Tenebris 2013 — Meilleur vendeur québécois est allé à La Chasse est ouverte de Chrystine Brouillet, publié aux Éditions La Courte échelle. Les données ayant permis de déterminés le récipiendaire du prix ont été extraites du système d'information et d'analyse Gaspard de la Banque de titres de langue française (BTLF).

Félicitations à tous ! 

samedi 18 mai 2013

Dans la boîte aux lettres cette semaine !

Ah! Soleil, soleil!! Rien de mieux que de se prélasser au soleil avec un bon livre.  On espère que vous prendrez le temps de le faire durant ce merveilleux week-end. Voici ce que le facteur et le serveur nous ont apporté! Bonne lecture! Et si vous allez au soleil, n'oubliez pas votre crème solaire!


Purgatoire des innocents, de Karine Giébel chez Fleuve Noir

Les 50 ménagères de Gray, de James Lee chez  City

J'attendrai le temps qu'il faudra, de Jean-Philippe Bernié chez La courte échelle

Dress Code et petits secrets, de Marianne Levy

L'astronome Maya, de Lucie Dufresne chez VLB Éditeur

Ce ne sera pas si simple, d'Annie L'Italien chez Druide

vendredi 17 mai 2013

Printemps meurtriers - Jacques Saussey, auteur français amoureux du Québec


Saviez-vous que cet auteur français, amoureux du Québec depuis 20 ans a écrit, en 2011, un roman qui se passait au Québec ? Je vous invite à le découvrir !

En 2011, Jacques Saussey a publié Quatre racines blanches dont l’action se déroule notamment à Montréal. Daniel Magne, inspecteur français, se trouve à Montréal pour un colloque des policiers francophone. Il est alors témoin d’un enlèvement au sous-sol de l’immeuble qui abrite le rassemblement. Un échange de coup de feu a lieu et le policier québécois qui accompagnait Magne tombe sous les balles. Le Français devient l’unique témoin du crime. Le seul à pouvoir identifier les assassins. Pas assermenté pour mener l’enquête lui-même, il prolonge cependant son séjour afin d’aider la SQ à résoudre le meurtre et mettre les malfaiteurs derrière les verrous.

Afin de se renseigner correctement, Jacques Saussey a rencontré un agent de la Sureté du Québec lors de son passage en 2011. Il l’a informé des particularités des véhicules, des moteurs, des armes de service, des juridictions et compétences propres à la Sureté du Québec, au Service de police de la ville de Montréal, de la Gendarmerie Royale du Canada et des Peace Keapers. Cette aide précieuse lui a permis d’écrire un récit crédible. « Toutes erreurs qui pourraient subsister ne seraient que de mon fait et pas du sein », me dit-il en riant. Son voyage était également important pour lui afin de voir la ville, d’expérimenter l’hiver, qu’il ne connaissait pas, pour transcrire le tout dans l’histoire.

Fin de l’interlude québécois.

Gagnant de concours littéraire pour ses nouvelles en 2002 et en 2007, l’auteur cherchait un projet plus ambitieux. Il a donc rédigé son premier roman, un pavé de 520 pages. Tout un défi, quand même! Il a commencé à travailler sans plan précis, mais s’est rapidement rendu à l’évidence que pour respecter l’architecture temporelle du récit, il lui faudrait un plan beaucoup plus détaillé. Son premier polar (il est à écrire son sixième), Colère Noire, est distribué au Québec depuis avril 2013. Il met en scène l’inspecteur Daniel Magne et sa collègue Lisa Heslin, attaché au commissariat du Xe arrondissement de Paris. Ils doivent élucider le meurtre d’un industriel, partisan de l’extrême droite. Leur travail n’est pas de tout repos, car l’homme qui avait de nombreux contacts politiques a également de très multiples ennemis. Ils auront plusieurs nœuds à dénouer au fur et à mesure que l’enquête avance. Celle-ci mènera le lecteur de Paris à Sens, à New York, jusqu’en Afrique du Sud.

L’idée de ce récit a surgi autour d’une activité chère à l’auteur: le tir à l’arc, qu’il a pratiqué entre 1985 à 1995. L’ancien champion de France est d’ailleurs venu au Québec en 1995 pour s’adonner à la chasse à l’arc. Il n’était pas familier avec le tir instinctif et avait besoin de vivre ses particularités afin de les intégrer à un éventuel projet d’écriture. Assez peu banal, comme arme de crime, n’est-ce pas? « L’arc s’est imposé de lui-même, car c’était, à l’époque, le prolongement de mon bras et de mon cerveau. Puis, une arme à feu, pour moi, c’est un peu plus étrange. J’ai donc recreusé mon parcours pour bien faire passer au lecteur ce qui se passe au moment de décocher une flèche particulièrement sur une cible humaine. » Comme il s’agissait de son premier roman, il s’est servi de ce qu’il connaissait le mieux, tant en ce qui a trait aux armes qu’aux endroits.

D’ailleurs, les lieux revêtent une importance particulière pour l’auteur de L’Yonne. « J’aime bien faire bouger mes personnages, j’aime quand il y a du souffle. J’aime mettre mes personnages en déséquilibre. Les lieux sont importants pour déstabiliser le lecteur. Ils changent la température et la couleur du récit. »

Quand je l’ai questionné au sujet d’une des tables rondes auquel il prendra part, Qui mène? Le personnage ou l’histoire? Il m’a répondu en riant : « Daniel Magne a tendance à laisser le pas de plus en plus à Lisa la jeune femme qui prend de plus en plus d’ampleur, au fur et à mesure des mois, des romans, elle est en train de lui voler la vedette. Elle refuse certaines scènes, où j’essaie de la mettre dans certaines situations. Elle en fait qu’à sa tête! Elle est extrêmement attachante! Dans le 6e roman, j’ai décidé de lui donner l’ampleur la plus totale, j’espère que Daniel Magne ne m’en voudra pas! » On lui souhaite, parce qu’un inspecteur redoutable qui ne vous porte pas dans son cœur, c’est pas jojo! Encore plus quand il vit dans votre tête!

Le prochain projet de Jacques Saussey, son septième roman, sera noir. Cette fois-ci Daniel Magne et Lisa seront au repos. Ce sera tout probablement un médecin ou quelqu’un qui a une vie rangée, une vie sociale. Bref, une vie équilibrée qui se retrouve bouleversée. Hum… ça promet!

Daniel Saussey se réjouit à l’idée de rencontrer des auteurs québécois, car il en connait relativement peu. Il en profitera également pour participer aux nombreuses activités au programme. Pour sa part, il prendra part, samedi 18 mai à 16 h au rendez-vous COUPABLE N° 5, Qui mène? Le personnage ou l’histoire? et dimanche 19 mai à 14 h 30  à la table ronde internationale Mourir ici ou ailleurs?

Les Printemps meurtriers de Knowlton se déroulent du 17 au 19 mai prochain.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

Printemps meurtrier - La victime au cœur du polar


Je l’avoue, je ne connaissais pas Karine Giébel avant de voir son nom dans la programmation des Printemps meurtriers. Je me suis plongée dans son dernier roman, Purgatoire des innocents, avec curiosité après qu’une amie m’ait dit « Accroche-toi! » J’étais déjà presque conquise.

Raphaël et son jeune frère, William, dévalisent une bijouterie de luxe place Vendôme, avec l’aide de deux complices. Raphaël n’en est pas à ses premières armes. Il a fait 14 ans de prison auparavant. Il est confiant. Tout est prévu. Sauf ce qui advint. Des policiers en véhicule banalisé arrivent sur les lieux. Il y a un échange de tirs. Une passante, un policier… et William sont atteints. En voulant se rendre à leur planque, ils constatent que l’endroit n’est pas sûrs. Des voitures de police se trouvent à proximité pour une tout autre raison. Ils doivent continuer leur chemin et chercher un plan B. Ils roulent jusqu’à ce qu’ils tombent sur le cabinet d’une vétérinaire dans un village isolé à des centaines de kilomètres de Paris. La forçant à les amener chez elle, ils pensent avoir déniché la cachette parfaite. Mais, ce n’est vraiment pas leur jour de chance.

L’une des très grandes forces de Karine Giébel est la construction de ses personnages. Ils sont tout en rondeurs et en complexité. Si tangible que le lecteur se croirait devenu la victime. À tel point que plusieurs passages sont très troublants. « Je me place plutôt à la place de la victime que du bourreau. C’est ce qui m’intéresse, c’est ce qui fait que c’est dur. Le lecteur se retrouve dans les personnages. » D’où puise-t-elle cette connaissance de l’âme humaine? « C’est marrant parce que les gens croient que je suis psychologue ou psychiatre. Mais non, j’ai fait des études de droit. J’y vais à l’instinct. Je pense qu’il faut avoir de l’empathie : regarder les autres, les écouter et comprendre ce qui peut se passer dans leur tête. »

Au centre des histoires, implacablement, on retrouve la vengeance et la perte de liberté. Dans les faits, l’enferment revient souvent. Les personnages sont soit en prison, séquestrés ou enfermés dans leur folie. Après s’être questionnée à savoir pourquoi ce thème la poursuivait, elle à pris conscience qu’en fait c’est la liberté qui l’obsède. « Cette liberté qu’on cherche tous,  un peu comme Le Graal. Mais c’est impossible à atteindre. »

Certains diront que ses écrits sont violents. Elle nuance : « La violence est suggérée plutôt que racontée dans le détail. Mes livres ne sont pas gores. Mais je crois que ma façon d’écrire ébranle plus que si c’était sanguinolent. Dans la violence décrite, on arrive à prendre du recul. En plaçant le lecteur dans la tête de la victime, il n’arrive pas à prendre du recul, il s’y reconnaît. » Là est pour Karine Giébel, tout l’intérêt de l’écriture.

C’est d’ailleurs ce qui explique son point de vue quant à la recherche. Pour elle, l’importance de celle-ci est variable selon les romans. Comme son travail se situe plus au niveau de la construction de l’intrigue et de la psychologie des personnages, elle a rarement à faire des recherches. Dans Purgatoire des innocents, la seule recherche qu’elle a dû effectuer portait sur le braquage de bijouterie de luxe. Surtout comment les écouler. Encore là, elle ne fût pas trop longue : « C’est le fait de rencontrer des braqueurs qui m’a donné l’idée de ce livre. Lors du Festival du Polar de Cognac j’ai gagné le Prix intramuros, dont le jury de lecteurs était composé de détenus. Je me suis donc rendue dans une centrale, donc pour les longues peines. J’ai rencontré des braqueurs, dont un membre du jury qui est sorti de prison. Je suis allée vers lui pour lui poser des questions. Il m’a expliqué comment ça se passait et comment on écoulait des bijoux. Sinon j’aurais trouvé une autre façon, mais comme j’avais un braqueur sous la main… Dans Meurtre pour rédemption, il y avait plus d’enquêtes. Comme je n’écris pas sur des thèmes scientifiques ou des procédures légales, que je ne suis pas pointue là-dessus – parce que je n’en ai pas envie – alors, je n’ai pas de recherches exhaustives à faire. » Elle exposera, notamment, ces éléments de discussion à la table ronde Recherche et fiction.

Également invitée à prendre part à la table ronde Mourir ici ou ailleurs, elle apportera un autre point de vue sur la question. Dans ses histoires, le lieu n’a pas une très grosse importance. Dans certains de ses romans, le lecteur ne sait pas où ça se passe. Cependant, il arrive que le lieu lui serve de personnage. Sinon, ses histoires peuvent se passer n’importe où. Au Japon comme aux États-Unis. L’époque aussi importe que très peu dans ses récits. « Le voyage se fait plutôt dans les émotions et dans la tête des personnages. Pour écrire sur un pays, il faut y avoir passé un bon moment, y avoir vécu avec les gens du cru. On ne peut pas passer une semaine et croire qu’on va écrire un livre qui s’y situe. »

Bien qu’elle ne sache pas exactement quelle sera sa prochaine histoire, Karine Giébel sait qu’elle ne sera jamais à court de matière. « Je vais continuer à pousser les personnages dans les situations les plus extrêmes pour extraire le meilleur et le pire d’eux. L’humain est assez vaste, mais je ne serai jamais à court. » Ce qu’elle vise pour le futur? C’est très simple, faire en sorte qu’écrire demeure une passion. Que celle-ci ne soit pas entachée par le succès. « S’il est au rendez-vous, tant mieux. Mais ça doit toujours continuer à être une passion. » On le souhaite, une belle découverte!

Karine Giébel participera au Rendez-vous COUPABLE N° 3 une table ronde s’intitulant Recherche et fiction, qui aura lieu le samedi 18 mai à 14 h 30 et à la table ronde internationale Mourir ici ou ailleurs, le dimanche 19 mai à 14 h 30 dans le cadre des Printemps meurtriers de Knowlton.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique