mardi 16 mai 2017

L'autre Jeanne : trouver la liberté d'être soi

Encore une fois, il s’agit d’un roman à saveur autofictionnel. On y retrouve Jeanne et sa famille qu’on a connues dans Jeanne chez les autres. On est en 1988 et Jeanne a maintenant 18 ans. Sur un coup de tête, elle décide de prendre un billet aller simple pour Paris, quittant emploi et famille. Ses relations avec cette dernière étant plutôt difficiles, elle court vers l’Europe en quête de liberté. Après avoir passé une bonne partie de son adolescence en centre d’accueil, elle en a une soif incommensurable.

Avant de quitter, son roman, Marie chez les autres, a été refusé par une première maison d’édition. Durant son voyage, elle remet en question son talent et son rêve d’être écrivaine. Elle aspirait à ce que celui-ci lui donne un statut et, surtout, le respect de ses sœurs. Elle ne peut pour autant s’empêcher d’écrire et tout au long de son séjour à l’étranger, elle noircit des cahiers. On peut lire des extraits de son journal, puisque le roman est divisé entre ces passages et un narrateur extérieur qui rend compte de ce que fait et pense sa famille, particulièrement sa mère, sur le continent américain.

Ainsi donc, on l’accompagne durant son long périple en Europe où elle vivra de l’argent qu’elle quêtera, ici et là. Elle dormira dans des parcs, parfois chez des gens qu’elle rencontre au hasard. Sa famille est partagée à ce sujet : il y a ceux qui s’inquiètent et ceux qui la trouvent folle et inconsciente! Voyons, une fille de 18 ans qui voyage sur le pouce sans un sou en poche! C’est dangereux! Ses sœurs la jalousent secrètement. Comment ose-t-elle partir? Pour qui se prend-elle?


Parmi les endroits qu’elle visite, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, pour ne nommer que ceux-ci. Certains lieux l’ennuient à mourir, comme le Louvre (ça m’a tellement fait penser à moi avant. Maintenant, j’apprécie un peu plus ces visites… depuis que je peins). D’autres suscitent chez elle choc et sentiment d’injustice comme sa visite à Berlin. Elle bourlingue longtemps jusqu’à ce qu’elle se décide enfin à revenir. Ce qui soulage sa mère. Elle revient ayant fait le plein d’expériences heureuses (oui, il y a du mâle là-dessous) et malheureuses (là aussi), mais surtout avec un meilleur sens de ce qu’elle désire… et une surprise en prime!

Jeanne est une fille au départ pas si facilement accessible. Elle est généralement avenante, mais peut avoir une attitude rebutante. Elle a du caractère, elle prend sa place, elle ne se laisse pas faire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a du front!

La langue de L’autre Jeanne est crue, parlée, colorée et directe. Ici, on appelle un chat un chat. La famille dysfonctionnelle est plutôt typée, mais pas moins authentique et bien cernée. Il y a le grand-père pédophile incestueux, le père qui est joueur compulsif et qui vide les comptes de sa mère, la mère avec laquelle elle a une relation particulière, étant anciennement sa préférée, mais dont elle s’est sentie abandonnée à l’adolescence, ses sœurs avec lesquelles la compétition fraternelle est très présente, sa marraine Georgette, que j’ai trouvé savoureuse, qui est d’un franc parlé assez époustouflant, qui assume ses rondeurs et qui est un peu extravagante! La galerie de personnage est décidément colorée et donne le rythme à l’écrit. D’ailleurs, à la lecture, ça m’a fait penser à du Michel Tremblay. C’est différent, bien sûr, mais c’est de la même famille.

L’autre Jeanne parle de la difficulté des relations familiales même si parfois l’amour est là derrière. Il parle du besoin de liberté ainsi que de celui de se trouver qui, parfois demande de s’éloigner de notre famille d’origine et de la perception qu’ils ont de nous. La majorité est un moment charnière où il faut prendre de la distance de la famille pour voir qui ont est en-dehors des interactions qui ont court dans ce petit cercle et qui nous placent souvent dans le même rôle.


Un roman que j’ai beaucoup aimé et qui saura vous plaire, particulièrement si vous pouvez vous permettre de la faire au soleil. Il n’y a rien de mieux!

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


samedi 13 mai 2017

Dans la boîte aux lettres !

Et voilà! C'est presque la fin de la saison pour nous. Ç'aura passé vite! Voici nos derniers services de presse.

La vie quand même un peu compliquée
d'Alex Gravel-Côté
, Catherine Girard-Audet,
Les Malins

Pourquoi pars-tu, Alice, Nathalie Roy,
Libre Expression



mercredi 10 mai 2017

Le prochain Nathalie Roy en librairie le 17 mai prochain

En mai, c’est le retour des romans de Nathalie Roy. Après avoir relaté des vies de femmes dans la vingtaine et la trentaine, elle nous présente un pan de la vie d’Alice, 43 ans.

Parenthèse
Tout de go, je dois vous dire que quand on lit et qu’on écrit, il n’est pas rare que l’on tombe sur des romans qui abordent des thématiques avec nos manuscrits et qu'il y ait des similitudes. C’est le cas pour moi cette fois-ci. L’histoire d’Alice est différente de celle du personnage de mon manuscrit amorcé il y a cinq ans et qui dort maintenant sur une tablette après de nombreux refus (justifiés, je dois le dire). Il y a de nombreux points de ressemblance entre elles, parce qu’elles vivent quelque chose de commun. Mais ce n’est pas du tout la même histoire, je tiens à le préciser. Je ne voudrais pas que l’on pense que je sous-entends un plagiat, loin de là. Il est des sujets universels que l’on exprime différemment. Ça, on s’en rend compte quand on lit beaucoup! Chaque histoire est unique. Bref, ça fait toujours drôle quand ça arrive. 😀
Fin de la parenthèse 😉

Alice Dansereau est en couple avec Martin depuis une vingtaine d’années. L’enseignante au secondaire est très investie dans sa vie familiale et prend bien soin de ses ados de 16 et 13 ans. Son mari avocat travaille de longues heures et ils n’ont pas beaucoup de temps juste tous les deux. C’est pourquoi quand Martin annule le voyage prévu à destination de l’Italie, Alice, la femme responsable, raisonnable, dont la vie est réglée au quart de tour, le prend mal. Pour prendre de l’air, elle décide d’aller faire une course avec la mobylette de sa fille. Puis, sur un coup de tête, elle décide de faire un roadtrip sans destination précise. Elle quitte donc le dépanneur et se dirige où le vent la mène. Ça lui ressemble si peu qu’elle s’étonne elle-même et pense à rebrousser chemin. Puis, à l’idée de retourner à la maison, elle change d’idée à nouveau et s’élance (c’est un bien grand mot, faut pas oublier qu’elle est en scooter!) sur la 132, laissant Ste-Foy loin derrière elle.

Elle ira de lieu en lieu, rassurant presque quotidiennement son conjoint. Elle goûte chaque seconde de cette liberté sans enfants ni conjoint à s’occuper. Bien sûr, la culpabilité la frappe par moment, mais il arrive toujours quelque chose ou quelqu’un pour l’en faire sortir. Après tout, sa fille est à Chicago pour l’été et son fils de 13 ans sera bientôt à son camp de hockey. Elle ne pourrait rien faire de plus pour eux.

Les rencontres qu’elle fera l’amèneront à se dépasser, à réfléchir à sa vie, mais surtout, à sortir de sa sacro-sainte zone de confort. Et de ça, elle en a bien besoin pour redécouvrir qui elle est hors de son rôle de mère et d’épouse. Elle souhaite, à la fin de son périple, avoir trouvé réponse aux questions qui surgissent tout au long de son escapade. Que lui manque-t-il dans sa vie? Qui est-elle vraiment? Pourquoi a-t-elle besoin de tout prendre en charge? Et qu’en est-il de sa relation de couple, qui, sans être vraiment insatisfaisante, est encrassée dans la routine? Elle est si peu habituée à penser à elle et ses réflexes de mettre les besoins des autres avant les siens sont coriaces.

C’est avec légèreté, mais sans éluder les points cruciaux que Nathalie Roy aborde la crise existentielle commune à tant de femmes. Qui n’a pas eu besoin de recadrer les choses afin de trouver une vie où les aspects personnels, familiaux, professionnels et amoureux soient plus équilibrés? J’ai bien aimé sa façon de l’aborder, car une remise en question ne se passe pas toujours dans un contexte dramatique. Il y a moyen de vivre ça sainement et de manière constructive, ce que fait Alice, même si parfois elle a l’élan de saboter le processus. Alice n’est pas parfaite, elle est humaine, même si elle est en général très responsable. Ses petits défauts la rendent charmante. Heureusement, un élément interne ou externe la ramène toujours vers sa quête de mieux-être.

Un roman très sympathique que j’ai lu d’une traite! Comme dans tous les romans de l’auteure, il y a des surprises, des mésaventures et des revirements de situation qui rendent la lecture un moment de plaisir. Un autre coup sûr pour Nathalie Roy!


Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique

lundi 8 mai 2017

Toutes les fois où je ne suis pas morte

Catherine prend l’avion quelques jours après les attentats du 13 novembre de Paris. Elle va rejoindre Matt avec qui elle a une correspondance sulfureuse depuis quelque temps. Sous le coup du désir, celui-ci lui a dit « Viens me rejoindre. Prends l’avion. Réglons ça tout de suite». Elle atterrit donc à l’aéroport Bruxelles – Zaventem pour y passer six jours. Six jours où elle ne projette pas de sortir du lit.

Comment se passera la rencontre entre Matt et Catherine, amis depuis des années, amants virtuels depuis peu? Le journaliste de guerre a mis tant d’effort à compartimenter sa vie, à ériger des frontières en lui et entre lui et les autres.

En parallèle aux destins de Catherine et Matt, il y a celui de Malik, qui a quitté la France et se retrouve à la même gare que Catherine. Ils s’y croiseront, d’ailleurs, sans se parler. Puis leurs vies se séparent à nouveau. Malik devant se cacher afin de franchir les frontières de l’Europe pour trouver son père et mourir en héros. Tel est son souhait. Y arrivera-t-il?

Il y a de la souffrance à chaque page. Catherine est une femme, brisée et recollée, un peu comme un vase qu’on a cassé et qu’on recolle du mieux qu’on peut et qui est ébréché et qui a de la colle qui a débordé par endroit. Elle a été malmenée par la vie. La violence a fait partie de la sienne très tôt et longtemps. Elle ne désire plus être l’objet d’un autre, mais qui a parfois du mal à s’en sortir, parce qu’elle veut être une bonne petite fille, parce qu’elle a appris que c’est ainsi. On comprend le cynisme, la petite dose de rancœur, celle de frustration et d’aigreur. Mais aussi une part d’espoir, car elle veut aller vers l’autre à maintes reprises. Quand elle accepte d’aller rejoindre Matt pour une aventure sexuelle, elle le fait consciemment. Non, elle ne sera pas son objet. Elle décide de prendre du pouvoir sur sa vie avec son corps. De se faire du bien avec son corps, alors que celui-ci a beaucoup servi à faire du bien aux autres. Cependant, elle doit se battre contre ses anciens réflexes, car elle s’abandonne encore elle-même pour ne pas blesser l’autre… qui accepte, accepte et accepte encore, jusqu’à ce que ce soit trop.

L’auteure transmet de manière tangible le climat de peur, de méfiance, où certains choisissent de mettre de la distance entre l’autre et eux. De plus, la brume belge envahit les personnages et est encore plus lourde sur eux que sur le paysage.


On m’avait dit que Geneviève Lefebvre a une écriture puissante, et c’est le cas. Elle nous plonge dans les méandres les plus profonds de l’être humain, des motivations de leurs comportements, de leurs blessures, et aussi de ce qui les guérit. Les passages poétiques, la vérité toute crue, une plume acérée et un style bien à elle en font un ouvrage qui mérite de prendre le temps de le lire.

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique


lundi 1 mai 2017

Du web au papier, le même bagou!

On est déjà en mai et bien qu’il fasse un peu froid, il est temps de commencer à penser sérieusement à nos jardins floraux et potagers. Vous avez sûrement entendu parler de la sensation horticole du web, Marthe Laverdière des Serres Lima et de ses capsules vidéo tout aussi rigolotes qu’informatives. Eh bien, elle a conçu un petit bouquin à son image, fort sympathique, pour vous aider à jardiner sans vous casser la tête!

Divisé en trois parties, soit les plantes et fleurs, les arbres et les arbustes, puis le potager, le guide est à l’image de son auteure, léger, simple et agréable. Car, en plus de nous prodiguer de précieux conseils qui sont de l’ordre du gros bon sens, elle partage également des recettes ainsi que des anecdotes tirées de sa vie personnelle et professionnelle.

La facture visuelle est très agréable. Il y a des photos de Marthe avec son inséparable casquette rose, tout sourire dans la nature, des illustrations réalisées par Jean-François Vachon et la typographie de certains mots est différente de manière à les mettre en relief. Ajoutez à cela un texte au ton humoristique et dynamique et voilà qu’on a l’impression de l’entendre nous parler.


Vous savez quoi? Ça m’a donné envie de me remettre au jardinage. Et je sais quel sera le livre qui m’accompagnera dans mon retour à la terre. ;-)

Yannick Ollassa / La Bouquineuse boulimique